Barefoot College – l’incroyable destin des Solar Mamas

Des grands-mères, illettrées, formées pour devenir des expertes en panneaux solaires afin d’illuminer leurs villages. Des intouchables devenus docteurs, architectes ou encore comptables… Voici l’histoire du Barefoot College.

Ceci n’est pas juste une belle histoire. Ceci est la réalité.

 

Chapitre I : des femmes pas comme les autres

 

Assises autour d’une table, des femmes sont alignées, fer à souder dans une main, circuit imprimé dans l’autre. Concentrées, elles apprennent depuis plus de 5 mois à créer des lanternes et panneaux solaires.

 

On ne saurait reconnaitre le professeur de l’élève. Ici les barrières sociales sont cassées, le professeur, une femme âgée d’environ 50 ans, est elle-même ancienne élève du Barefoot Collège (littéralement le “collège aux pieds nus”) et a décidé de transmettre ce qu’elle a appris à d’autres. L’enseignement n’est pas issu de livres d’universités ou du milieu urbain, n’est pas non plus fourni par des volontaires ou d’autres formes d’aide nationale ou internationale.

Les cours ont été construits de toute pièce à partir des heures, des jours et des mois passés à travailler avec ces femmes des villages, tout simplement avec des images, des mots et des couleurs pour :

  • comprendre le fonctionnement des résistances, circuits électriques et autres appareils de mesure.
  • manipuler des régulateurs de charge et des convertisseurs perfectionnés (les cellules solaires produisent du courant continu (CC) qui est transformé en courant alternatif standard (CA) grâce à un convertisseur);
  • installer des panneaux solaires et à les relier à des accumulateurs
  • construire des lanternes solaires,
  • mettre sur pied un atelier électronique local où elles pourront réaliser elles-mêmes toutes les réparations nécessaires sur le système électrique solaire, quelle que soit leur importance.

 

Mais qui sont ces femmes réellement ?

illettrées, grands-mères, filles-mères, exclues ou considérées comme inutiles dans leur village, elles sont choisies par consensus avec le Barefoot College et leur communauté.

Barefoot College

Elles quittent alors leur micro-environnement du Rajasthan, du Sud de l’Inde ou de l’Ouest Bengal pour 6 mois de formation et revenir ensuite dans leurs villages, fortes et respectées, ingénieurs spécialistes en panneaux solaires avec le pouvoir de fournir de la lumière à toute leur communauté. Elles pourront ainsi créer, réparer, entretenir et transmettre leur savoir à d’autres femmes des villages environnants.

 

Pourquoi des grands-mères, des femmes illettrées… ?

Comme le dit Bunker Roy, fondateur du Barefoot College « Nous avons formé des hommes, pour constater qu’ayant acquis des connaissances et des compétences, ils partaient les offrir dans les villes. [Les femmes] se sentent responsables de leur village. » Les grands-mères vivant en milieu rural sont plus attachées à leur communauté et moins enclines à émigrer, ce qui permet de conserver les connaissances et les technologies dans la communauté. Elles partagent leurs savoirs spécialisés, assurant ainsi la durabilité des projets.

 

Chapitre II : Pas seulement là-bas

 

En marchant quelques pas de plus, on se retrouve dans un autre bâtiment, lui aussi entièrement autonomisé grâce à l’énergie solaire installée par le personnel lui-même.

Les cours dispensés ici sont faits de signes et de phrases mixtes anglais/indien (bon / not bon…). On comprend vite en regardant le panel de femmes qu’elles viennent de différents pays du monde : Sud Soudan, Lesotho, Cuba, Philippines, Birmanie, Tanzanie… Nous voici dans la section internationale qui forme des « Solar Mamas » à travers le monde entier.

Après le succès en Inde, le Barefoot College s’attèle à former des grands-mères de tous horizons pour améliorer les conditions de vie dans tous les villages du monde !

Lors de notre passage, nous avons rencontré un groupe de femmes qui terminaient leur formation de 6 mois et allaient rentrer dans leur villages respectifs.

Tout ce qu’elles fabriquent pendant 6 mois est ensuite envoyé dans leur pays pour être utilisé dans leurs villages.

 

Nous avons été émerveillés par l’atmosphère si chaleureuse qui régnait entre ses femmes venant pourtant de milieux et environnement si différents !! La plupart des femmes n’avaient jamais pris l’avion et ne savaient même pas situer l’Inde sur une carte, mais elles repartent avec l’ambition d’ouvrir un centre de formation voire même un Barefoot College dans leur pays : nous avons notamment appris qu’un « Barefoot made in Tanzanie » allait ouvrir ses portes!

On espère pouvoir le visiter d’ici la fin de l’année…

 

Chapitre III: Bien plus que des panneaux solaires

 

Plus loin dans le campus, on se rend vite compte que Barefoot College, c’est bien plus que ça…

Des centres de santé, des écoles de nuits pour les enfants qui assistent leurs parents le jour, des groupes d’entraides de femmes, une station de radio, une entreprise de fours de cuisson solaires, un lieu de recyclage d’objets et même une équipe de communication qui touche les villageois grâce à des spectacles de marionnettes…

Ici, les médecins, acuponcteurs et dentistes se réjouissent de ne pas avoir de patients, c’est que la prévention fonctionne. Les enfants ont formé leur parlement et font valoir leurs droits. Les femmes ont accès à tous les métiers qu’elles souhaitent… et pas seulement dans le petit village de Tilonia. En effet, en Inde, les structures du Barefoot College sont désormais présentes un peu partout dans cet immense pays. Grâce à l’influence de Bunker Roy, le gouvernement indien apporte support et aide au développement des activités du Barefoot College.

 

Chapitre IV : Au-delà de l’impact généré, une autre mentalité

 

Les solar mamas sont rémunérées par leur communauté pour la maintenance et la gestion des installations, grâce à l’argent qui était au préalable dépensé pour l’achat de kérosène ou de bougies.

Au cours des 10 dernières années, plus de 1 000 villages dans plus de 63 pays ont bénéficiés de lumière solaire apportée par les solar mamas.

En 2015, Barefoot College aura formé plus de 600 femmes venant des pays les moins développés de la planète.

“Barefoot College suit le style de vie et de travail de Gandhi, qui repose sur un principe de grande simplicité dans la vie, l’alimentation et le travail. Les gens viennent ici pour le défi, et non pour l’argent. Personne ne peut gagner plus de 100 $ par mois au Barefoot College, explique Bunker Roy. C’est la seule école où les papiers, les diplômes et les doctorats sont un désavantage, car la valeur d’une personne y est jugée sur la base de son honnêteté, son intégrité, sa compassion, ses compétences pratiques, sa créativité et sa capacité à travailler avec des gens sans discrimination”.

 

Pour en savoir plus :
Site internet: BarefootCollege.org
Facebook: facebook.com/BarefootCollege
Twitter: Twitter.com/BarefootCollege

 

 

  • Stéph Led

    Virement qu’ on se rejoigne au Tanzanian Barefoot Collège! Bisous les copains